Nous pouvons, depuis la dernière guerre mondiale, observer plusieurs générations. La première est celle des Baby-boomers, comprenant toutes les personnes nées entre 1945 et 1965. Puis ceux nés entre 1969 et 1980 que nous appellerons « Génération X » suivie de la « Génération Y » qui sont donc nés entre 1980 et 2000 et, pour terminer, la « Génération Z » qui comprend tous les enfants nés entre 2000 et aujourd’hui…
La dernière génération est aussi la génération « Internet », car tous les enfants de cette génération sont nés alors qu’internet existait déjà. Aucun n’a connu le monde « d’avant ». Ils sont nés soit juste avant ou juste après l’événement du 11 Septembre 2001. Pour eux, le web ne représente pas une révolution comme cela peut encore être le cas pour leurs parents. Il fait partie de leur quotidien. C’est la « Génération Z », connectée partout, tout le temps.
La « Génération Facebook » comprend quelques jeunes de plus. C’est un mélange entre ceux de la fin des années « Y » et tous ceux de la période « Z ». Bref, un très large public qui passe une bonne partie de son temps sur les réseaux sociaux. Ils ont appris à vivre avec et ils les intègrent de façon presque automatique dans leur rapport aux autres.
A quoi sert Facebook ?
C’est peut-être la première question à poser… Presque tous les jeunes de cette génération hyper -connectée possèdent aujourd’hui un Smartphone. Une étude récente dit que 2,9 millions de Suisses ont un Smartphone dont, il est certain, une grande partie de jeunes. Facebook est « LE » réseau social pour bien des européens. C’est probablement le réseau qu’ils choisiraient s’ils ne pouvaient s’inscrire que sur un seul, Pourquoi ? Parce que « tout » le monde y est présent ; c’est là où nous avons le plus de chance de retrouver un maximum de connaissances…
L’utilisation que les jeunes font de Facebook se rapproche un peu de ce qui se faisait au début des années 2000 avec les blogs « Skyrock ». Tous les jeunes en possédaient un, et si ce n’était pas le cas, c’était pas bien vu… Ils racontaient leur vie et commentaient celles des autres. Avec Facebook, cela va plus loin… En interviewant plusieurs d’entre eux, nous avons constaté que beaucoup ont des contacts qu’ils ne connaissent pas dans leur compte « privé ».
Ils acceptent des personnes comme « amis » sans se poser la question de ce que ces personnes peuvent obtenir comme informations grâce à ces accès. Il faut savoir qu’une grande majorité des jeunes règlent aujourd’hui leurs comptes soit par messages privés soit directement sur le mur des personnes intéressées. Cela devrait porter à réfléchir.
Une petite partie des jeunes présents sur les réseaux sociaux ont déjà changé de compte afin d’ « effacer » des contenus présents sur leur profil. Fuite ? Non, probablement pas, mais peut-être une prise de conscience. Certains éléments ne sont pas « plaisants » pour leur réputation en ligne et ils recommencent ainsi avec un profil vierge.
En interrogeant ces jeunes nous avons constaté que seule une très petite partie d’entre eux avait eu accès à des conseils pour gérer leur « Netiquette » et les risques des activités en ligne. En Suisse, il n’existe malheureusement pas de cours dans toutes les écoles ni dans tous les cycles d’orientation… Par contre, presque tous ceux qui sont « au courant » des risques appliquent les conseils reçus et font plus attention à ce qu’ils mettent en ligne.
Cela prouve que le message est compris. Si ce type de prévention s’étends jusqu’à toucher toutes les écoles de Suisse, il en résultera une diminution d’incidents internet, incidents qui sont bien difficiles à gérer, que ce soit pour les parents ou pour les jeunes qui peuvent se retrouver dans des situations très compliquées malgré leur jeune âge.
Facebook n’est pas différent de la vie de tous les jours…
C’est le message que veulent faire passer les conseillers et autres spécialistes de la jeunesse. Faire comprendre que bien que ce soit « en ligne », cela ne change rien au fait qu’il n’est pas socialement autorisé de maltraiter l’autre et de le harceler. Autrefois les brutes traumatisaient les autres grâce à leur force physique. Aujourd’hui, c’est celui qui a le plus « d’amis » virtuels qui a le plus de pouvoir de pression sur ses camarades.
Une « inconduite » internet est extrêmement difficile à effacer et peut encore porter préjudice à son auteur ou sa victime des années après, que ce soit pour un concours d’entrée dans une école ou pour trouver du travail. C’est pourquoi, il faut essayer de gérer au mieux son identité internet en ne partageant pas avec tout le monde ce qui devrait rester confiné à un cercle d’amis très limité. Les enfants et les jeunes sont sans pitié. Nous en avons la preuve chaque fois que l’un d’eux partage des informations sur un camarade dans le but de lui nuire.
Chez les jeunes, un ami peut devenir un ennemi en deux dixième de secondes. L’affront ressenti va pousser l’ancien ami rejeté à commettre un acte qui restera visible des jours durant pour tout ceux qui le désirent. Derrière son écran, la victime se sentira certainement plus humiliée que si cela s’était passé dans une salle de classe, car malgré tout, on a beau effacer, ça revient toujours.
Pour conclure, une dizaine d’années seront encore nécessaire avant que tout le monde ne soit conscient des attitudes « correctes » à adopter en ligne comme « IRL » (ndlr : In Real Life : comprenez dans la vie réelle, en opposition à une vie « virtuelle »). En faisant cette séparation vie réelle-vie virtuelle, nous allons exactement dans le sens opposé de celui recherché, c’est-à-dire responsabiliser tout un chacun des attitudes qu’il peut avoir partout, même en ligne.
On voit tout de même que la gestion d’une « Netiquette » n’est pas un automatisme, même pour les adultes. Entre les récents tweets de la droit helvétique, celui de la femme du Président Français et la récente annonce de la Cheffe de la Police genevoise, rappelant à ses agents qu’il y a des règles de bienséance aussi sur internet, on voit que ce n’est pas encore entré dans les mentalités de chacun. Ainsi, la jeunesse pourrait peut-être, pour une fois, montrer l’exemple aux adultes ?
Romain Wanner- rédacteur en chef des Tribunes Romandes
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